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"Je ne me sens pas légitime" : Comment agir sans attendre d’être sûr ?

31 août
9 min de lecture

Se sentir illégitime ne signifie pas forcément ne pas être légitime. Derrière ce doute peuvent se cacher des réalités très différentes : un réel besoin de progresser, la peur de se tromper, le besoin d’être reconnu… ou simplement la difficulté à s’autoriser à prendre une place que personne ne viendra officiellement nous accorder. Comprendre ce qui se joue réellement change complètement la manière d’avancer.


Vous savez probablement déjà ce que vous devriez faire : prendre la parole, postuler, présenter votre idée, demander cette évolution, proposer vos services, lancer enfin ce projet qui vous tient à coeur, dire clairement ce que vous pensez, ...

Et pourtant, au moment de passer à l’action, quelque chose bloque... Vous vous dites peut-être : « Mais, qui suis-je pour faire ça ? ». Alors vous attendez un peu. Juste encore un petit peu...

Une formation supplémentaire.Davantage d’expérience.Un meilleur résultat.Un retour positif de plus.Le bon moment.Un peu plus de confiance.

Et, vous le savez (je sais que vous le savez !), ça peut dure longtemps !

Le plus étonnant, c’est que vous pouvez parfaitement savoir que vous êtes compétent/e. Vous pouvez avoir de l’expérience, de bons résultats, être régulièrement sollicité pour votre avis… et continuer à douter dès qu’il s’agit de prendre davantage de place.

C’est là que j’aimerais commencer parce qu'en réalité : se sentir légitime et être légitime ne sont pas la même chose. Tant que les deux restent confondus, vous risquez de chercher au mauvais endroit ce qui pourrait réellement vous aider.

👉 Si votre difficulté est moins de vous sentir légitime que de ne plus savoir quelle direction professionnelle prendre, j’ai consacré un article à cette première clarification.


« Je ne me sens pas légitime »… mais de quoi parlons-nous exactement ?

Quand quelqu’un me dit : « Je ne me sens pas légitime », j’ai envie de poser une question : "Qu’est-ce qui vous manque, concrètement, pour agir ?"

La réponse peut être très différente d’une personne à l’autre.

Peut-être vous manque-t-il réellement une compétence.

Peut-être avez-vous besoin de davantage d’expérience.

Peut-être que vous savez faire, mais que cette situation est nouvelle et vous avez peur de ne pas être à la hauteur.

Peut-être encore que vous attendez que quelqu’un reconnaisse officiellement votre valeur avant de vous autoriser à prendre votre place.

Ou peut-être que votre véritable difficulté est ailleurs : vous aimeriez pouvoir agir sans prendre le risque d’être critiqué/e, contredit/e ou de vous tromper.

Et là, vous vous en doutez, nous ne parlons plus du tout de la même chose ! C’est pour cela que le conseil « vous devez avoir davantage confiance en vous » me paraît parfois (souvent 😉 !) un peu "limite". Alors, parfois, oui, la confiance est en jeu, mais pas toujours ! Et surtout, la confiance ne remplace ni la compétence, ni l’expérience, ni l’autorisation que vous seul/e pouvez parfois vous donner.


Avez-vous vraiment besoin de progresser… ou de reconnaître ce que vous savez déjà faire ?

Prenons deux personnes. La première vient de prendre un nouveau poste. Elle découvre une partie du métier, hésite beaucoup et vérifie ses décisions. Elle manque encore de pratique. La seconde exerce depuis quinze ans. Elle obtient de bons résultats. Ses collègues viennent régulièrement lui demander conseil. Mais lorsqu’on lui propose de prendre davantage de responsabilités, elle se dit : « Je ne sais pas si je suis vraiment la bonne personne. Il y en a certainement de plus compétentes que moi. »

Les deux doutent mais leur doute ne raconte pas la même histoire. La première a sans doute besoin d’apprendre. La seconde a peut-être surtout besoin d’accepter une réalité beaucoup plus inconfortable : il existera toujours quelqu’un de plus compétent qu’elle sur quelque chose. Cela ne la rend pas illégitime pour autant et c’est là qu’une confusion peut devenir très coûteuse...

Si vous interprétez chaque doute comme la preuve qu’il vous manque encore quelque chose, vous pouvez passer des années à accumuler des formations, des diplômes, des lectures, des certifications, des preuves en tous genres, ... sans jamais atteindre le niveau de sécurité recherché.

En réalité, ce que vous cherchez n’est peut-être plus seulement d'être compétent/e. 

Et si vous cherchiez surtout à devenir incontestable ?

Qu'en pensez-vous ? Je trouve cette distinction intéressante, car être légitime ce n’est pas être incontestable ! J'ai moi-même longtemps fait l'amalgame !

Lorsqu’on doute beaucoup, cette frontière devient floue. Vous aimeriez peut-être être suffisamment préparé/e pour que personne ne puisse remettre en cause votre décision. Suffisamment expert/e pour ne jamais être pris/e au dépourvu. Suffisamment expérimenté/e pour avoir une réponse à toutes les questions. Suffisamment reconnu/e pour qu’aucun regard extérieur ne puisse vous déstabiliser.

Ce serait agréable, j'en conviens ! Mais cela n’arrivera probablement pas, ou au prix d'un immense investissement personnel et de nombreuses années de pratique...

Et en même temps, il est intéressant de noter que :

Vous pouvez être très compétent/e et vous tromper. 

Vous pouvez prendre une excellente décision avec les informations disponibles et découvrir ensuite que vous aviez oublié quelque chose. 

Vous pouvez connaître parfaitement votre sujet et rencontrer quelqu’un qui le maîtrise encore mieux. 

Vous pouvez faire un travail remarquable et être critiqué/e (avec ou sans fondement). 

Vous pouvez être totalement légitime dans une fonction… sans faire l’unanimité.

Et c’est peut-être là que votre regard peut changer : la légitimité ne consiste pas forcément à atteindre un niveau où plus personne ne peut vous contester. Je vous propose plutôt ceci : la légitimité c'est savoir suffisamment ce que vous apportez pour pouvoir agir, tout en restant capable de reconnaître vos limites et d’apprendre.

Personnellement, je trouve cette définition beaucoup plus saine. Et vous ?


Qui doit encore vous donner la permission ?

Il y a évidemment des situations dans lesquelles une validation extérieure est nécessaire. Vous ne décidez pas un matin de devenir chirurgien parce que vous vous sentez enfin légitime. Certains métiers exigent des diplômes. Certaines fonctions des habilitations. Certaines décisions un mandat clair. Mais dans beaucoup d’autres situations professionnelles, l’autorisation que nous attendons est beaucoup moins identifiable.

Alors posez-vous la question franchement : Qui attendez-vous encore ? Votre manager ? Vos collègues ? Un client ? Votre famille ? Vos pairs ? Une institution ? Quelqu’un que vous admirez ? 

Qui doit encore vous dire : « Oui. Maintenant, vous pouvez. » ???

Le problème, c’est que cette reconnaissance, même lorsqu’elle arrive, ne suffit pas toujours... Et je sais que vous le savez car si vous lisez ces lignes, vous l'avez probablement déjà expérimenté...

Vous recevez un compliment et vous vous dites que la personne est gentille.

Vous obtenez une promotion et vous vous demandez si on ne vous a pas surestimé/e.

Un client vous recommande et vous pensez qu’il est particulièrement bienveillant.

Votre travail est reconnu et vous voyez surtout ce qui aurait pu être mieux.

Vous connaissez ce mécanisme, n'est-ce pas ?

À un moment donné, il devient utile de se demander si vous cherchez encore une information… ou une permission, parce qu’une permission extérieure ne peut pas toujours résoudre un problème d’autorisation intérieure ! Et il n’y aura pas forcément un moment officiel où quelqu’un viendra vous remettre un certificat symbolique disant : « Voilà. Vous êtes maintenant suffisamment légitime pour prendre votre place ! »

Parfois (souvent), cette place devient la vôtre parce que vous acceptez de l’occuper, enfin.


"Accepter d’occuper sa place" - Crédits : Elodie Le Breton (tous droits réservés)
"Accepter d’occuper sa place" - Crédits : Elodie Le Breton (tous droits réservés)

Mais s’autoriser ne signifie pas se raconter qu’on sait tout

C’est une autre nuance importante. Je ne crois pas beaucoup au message : « Croyez en vous et foncez. », c'est simpliste et dangereux. Et aussi parce que parfois : vous avez raison de ne pas foncer, vous manquez réellement de connaissances, la situation mérite davantage de préparation, demander conseil est précisément la bonne chose à faire, ...

S’autoriser ne signifie donc pas se déclarer compétent/e en tout. Reconnaître ses limites ne signifie pas être illégitime non plus ! Au contraire. Il y a, à mon sens, quelque chose de très solide dans la capacité à dire : « Je sais faire cela. », « Sur ce point, je manque encore d’expérience. », « Là, j’ai besoin d’aide. », « Je peux prendre cette décision avec les informations que j’ai aujourd’hui. », « Et si je me trompe, je saurai ajuster. ».

La légitimité n’est alors plus une sorte de sentiment magique que l’on attend ou que l'on déclare à coup de phrases de motivation positives, elle devient une manière de reprendre pleinement sa propre responsabilité.

"Je peux agir avec ce que je sais aujourd’hui, sans prétendre savoir ce que je ne sais pas encore."


Une partie de votre légitimité ne pourra se construire qu’en agissant

C’est probablement la partie la moins confortable ! Vous aimeriez vous sentir légitime avant de prendre la parole, avant de vendre, avant de manager, avant de publier, avant de demander, avant de décider... Je comprends tellement !

Mais il y a un problème assez simple à comprendre : certaines réponses n’existent pas avant que l’expérience ait eu lieu. C'est presque trop basique pour qu'on y pense vraiment et pourtant... 

Vous ne saurez pas réellement comment vous vous débrouillez devant un public avant d’avoir parlé devant un public. 

Vous ne saurez pas comment vos clients réagissent à votre offre avant de la proposer. 

Vous ne saurez pas tout de votre capacité à manager avant d’avoir réellement managé.

Vous pouvez préparer, vous former, réfléchir, demander des retours... Tout cela est utile bien sûr mais à un moment donné, il faut rencontrer le réel, aller sur le terrain, se confronter à la réalité ! Parfois, c’est précisément cette rencontre qui modifie votre perception de vous-même. Vous découvrez que vous êtes plus solide que vous ne le pensiez ou qu’une difficulté existe réellement, mais qu’elle est beaucoup plus précise que le vague « je ne suis pas légitime ». Et là, vous pouvez agir dessus. C’est une grande différence parce qu’un sentiment global d’illégitimité paralyse, alors qu'une difficulté précise se travaille, elle devient un challenge à relever. Et ça, vous savez le faire !


Comment savoir ce qui vous manque réellement ?

Si ce sujet vous parle, je vous propose un exercice simple, pour regarder la situation plus justement.


1️⃣ Qu’est-ce que vous savez déjà faire ?

Regardez les faits.

Quelles expériences avez-vous ?

Quels problèmes savez-vous résoudre ?

Quels résultats avez-vous déjà obtenus ?

Pour quoi vient-on spontanément chercher votre aide ?

Qu’avez-vous appris à faire avec les années, au point de ne même plus le considérer comme particulier ?

C’est fréquent : ce qui est devenu facile pour nous finit par nous sembler banal, mais banal pour vous ne signifie pas banal pour tout le monde.


2️⃣ Qu’avez-vous réellement besoin d’apprendre ?

Votre doute contient peut-être une information utile alors ne le balayez pas.

Qu’est-ce qui vous manque objectivement ? Une compétence ? Une expérience ? Une connaissance ? Un retour extérieur ? Une supervision ?

Nommer précisément ce qui manque est beaucoup plus utile que conclure : « Je ne suis pas légitime. »


3️⃣ Quelle preuve attendez-vous encore ?

Que devrait-il se passer pour que vous vous autorisiez enfin à agir ? Une promotion ? Un diplôme ? Un certain nombre de clients ? Une validation de votre manager ? Le regard d’une personne précise ?

Et une question supplémentaire : Si vous obteniez cette preuve demain, est-ce qu’elle suffirait vraiment ? Si votre réponse est non, vous venez peut-être d’identifier quelque chose d’important...


4️⃣ Quelle petite prise de place pouvez-vous expérimenter maintenant ?

Pas besoin de tout bouleverser, cherchez simplement une situation suffisamment réelle pour apprendre quelque chose : prendre la parole lors d’une réunion, proposer votre idée, envoyer votre candidature, présenter votre offre, dire votre tarif sans le justifier immédiatement, publier cette réflexion que vous gardez dans vos brouillons depuis trois semaines, ... Puis regardez ce qui se passe réellement. Pas ce que vous aviez imaginé, mais ce qui se passe réellement.


Vous n’avez peut-être pas besoin de devenir plus légitime

Peut-être que si. Peut-être qu’il vous manque encore une compétence importante, de l’expérience ou une étape nécessaire.

Mais peut-être pas. Peut-être êtes-vous déjà suffisamment légitime pour faire un premier pas et que vous attendez surtout de vous sentir parfaitement prêt/e, de ne plus douter, de ne plus risquer d’être critiqué/e, d’être sûr/e de réussir, d’être incontestable, ...

Et si c’est cela que vous attendez, la mauvaise nouvelle est que ce moment risque de ne jamais arriver... La bonne nouvelle, en revanche, est que vous n’en avez probablement pas besoin !

Vous pouvez être compétent/e et continuer à apprendre, prendre une place et rester humble, décider sans tout savoir, être contesté/e sans perdre votre valeur, vous tromper sans devenir un/e imposteur/e... et avancer sans attendre que quelqu’un vienne officiellement vous autoriser à le faire.

Alors, plutôt que de vous tourner en boucle sur un : « Suis-je vraiment légitime ? » essayez peut-être cette question : Qu’est-ce qui me manque réellement pour agir aujourd’hui : davantage de compétences… ou l’autorisation d’utiliser celles que j’ai déjà ?

Si vous sentez que cette réflexion touche quelque chose de plus profond dans votre parcours professionnel, un accompagnement peut vous aider à démêler ce qui se joue, à retrouver de la clarté et à construire une manière d’avancer qui vous ressemble vraiment.

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