Le silence, cadeau ou poison ?

« La parole est d'argent mais le silence est d'or. »

Un dicton populaire nous dit que "La parole est d'argent mais le silence est d'or.". Est-ce bien toujours le cas ? Je souhaite partager avec vous une réflexion sur l'impact du silence sur notre bien-être et notre psychologie.


Commençons par définir ce qu'est le silence. Selon le dictionnaire, le silence envisagé dans l'acte de communication est :

  • le fait de ne pas parler / de se taire,

  • le fait de ne pas vouloir ou pouvoir exprimer sa pensée, ses sentiments,

  • un moyen d'expression.

Par ailleurs, le silence, dans son sens le large est une privation sensorielle et peut donc devenir un véritable instrument de torture au sens propre du terme. Sans aller jusque là dans notre réflexion d'aujourd'hui, pour l'humain, qui est un animal social, le silence peut être vécu comme l'absence de lien ou la rupture de ce lien, un abandon ou encore comme une non reconnaissance, voire ignorance de son existence et de ses besoins.

Le silence peut être alors utilisé, inconsciemment ou consciemment, comme un outil de censure (en référence au concept de loi du silence né avec Louis XV) ou d'autocensure (en référence à la psychanalyse et la psychologie qui parlent de douleur, refus, ...).

« Le silence est comme le vent : il attise les grands malentendus et n'éteint que les petits. » E. Triolet

D'un point psychologique et relationnel, intéressons-nous aux circonstances qui pousse quelqu'un à devenir silencieux et à ce que cela peut induire chez l'autre. Malgré toutes les vertus du silence, lorsqu'il est "imposé" à quelqu'un, c'est-à-dire non choisi et non demandé, il devient nocif et peut être source de violence psychologique et psychique intense. En effet, en terme relationnel, le silence est souvent utilisé en cas de conflit. Et alors que dans le monde actuel où on est en permanence sursollicité l'humain cherche spontanément à combler le vide, en présence d'autrui, le silence n'est donc pas / plus naturel ! Il est alors vécu avec des sensations négatives allant de l'inconfort à l'angoisse.


Parfois, l'idée est de faire réfléchir l'autre sur une situation ou un comportement qui pose problème. Dans ce cas, la personne peut se sentir mise de côté, diminuée, oubliée, abandonnée, rejetée... Le silence comme marque de protestation, désapprobation ou comme outil éducatif comme la punition ou la volonté de faire réfléchir laisse malheureusement libre cours à l'interprétation du sens qu'on cherche à lui donner.


Parfois, c'est un besoin de pouvoir qui pousse l'autre à entrer dans le silence, le plus souvent inconsciemment. Cela devient alors une forme de manipulation car on maîtrise quand et comment l'autre peut recevoir de l'attention. Mieux vaut en prendre conscience et revenir à une relation plus saine, quitte à choisir l'éloignement.


Souvent, heureusement, cela part d'une bonne attention et c'est donc par méconnaissance du fonctionnement de la psychologie humaine qu'on "laisse" l'autre avoir du temps, en tranquillité, en silence, en pensant ainsi le respecter...


Le silence, ou l'absence de communication, pousse la personne qui le subit à interpréter la situation, interprétation qui sera très probablement mauvaise ou incomplète puisque faite avec son propre filtre du monde, et ce malgré le fait d'en avoir conscience et d'avoir un sens de l'empathie très développé. Imaginer que la personne puisse "deviner" et "comprendre" est illusoire. Par ailleurs, le cerveau humain a cette particularité d'avoir tendance naturellement à avoir des pensées négatives. Les scénarios envisagés ne seront donc pas a priori les plus positifs... 

Par ces phénomènes cumulés à son propre mode de fonctionnement (croyances, peurs, expériences passées...), la personne peut également en arriver à culpabiliser ou se victimiser,... : "Pourquoi est-elle punie ainsi ?", "Qu'a-t-elle fait pour mériter ce traitement ?", …

Difficile d'envisager une issue positive à ce silence subit...


En terme de relations humaines, le silence a aussi de nombreuses vertus et peut devenir un outil de communication, une marque de profond respect, une manière de montrer sa présence et sa bienveillance.

C'est le cas lorsque le silence permet d'entrer en communion, en communication intime, sans le secours de la parole, d'écouter l'autre, au sens très large du terme, d'être présent et attentif à l'autre dans son besoin de partage, d'être entendu et compris dans ses besoins au sens large sans avoir forcément besoin de réponses verbales en retour (besoin d'une présence compréhensive, d'une oreille attentive, d'une main bienveillante, de bras réconfortants, ...).

C'est le cas également quand la personne exprime clairement le besoin de silence, de couper la discussion ou le lien temporairement pour mettre ses propres idées au clair. Il s'agit là de respecter un besoin exprimé. Cela permet également de ne pas réagir "à chaud" et de laisser redescendre la pression d'une situation tendue. Le dialogue, qui doit avoir lieu à la suite de la période de silence, n'en sera que plus constructif.

Enfin, nous noterons que le silence devient une marque de respect en cas de recueillement et d'hommage et qu'il peut être utilisé pour mener des réunions / entretiens impactants. Un discours ponctué de silence permet alors, comme en musique, de le rendre plus profond et d'attirer l'attention de l'auditoire.


Au niveau personnel, le silence peut être le reflet d'un manque de certaines qualités / compétences : 

  • Manque d’honnêteté, franchise, courage, responsabilité, respect... en faisant un mensonge par omission, alors considéré comme un mensonge ordinaire,

  • Manque de courage, intégrité, force, sens civique, respect des droits de l'homme... face à l'erreur et l'injustice.


Enfin, le silence, et par extension la solitude choisie, est un excellent outil de repos, retour au calme et retour à l'essentiel dans notre monde où nos sens sont sans cesse hypersollicités, un moyen de reconnexion à soi-même et au monde (via notamment les techniques de méditation et d'introspection) et peut donc être un outil de développement personnel et de son bien-être.

Par opposition, le silence peut déranger et donc être fui pour éviter de se retrouver face à soi-même et par conséquent face à ses peurs et doutes mais aussi face à ses rêves et aspirations... On fait alors en sorte de ne jamais se retrouver seul ou sans "rien à faire"...


Pour en revenir à nos relations humaines : comment faire pour avoir un comportement plus adapté en cas de conflit que celui qui pousserait à se terrer dans le silence ? La clé, vous l'aurez compris, c'est une communication bienveillante ! Co-mmu-ni-quer ! Par le moyen qui vous semble le plus adapté, même si à un moment donné il est évident que le plus sain est de communiquer en direct et oralement. La communication, même par le silence quand il est vertu, n’est pas toujours facile mais néanmoins nécessaire au développement de relations respectueuses et authentiques entre les êtres humains. La communication entre êtres humains est un sujet vaste et complexe qui en devient une science, un art. Il reste cependant préférable de communiquer maladroitement que de ne pas communiquer du tout, en tous cas si l'autre est important pour vous dans votre vie. Le tout est de communiquer en toute bienveillance ! Une petite astuce au cas où vous ne seriez pas sûr/e de vous au moment de vous exprimer : demandez-vous si ce que vous vous apprêtez à dire est vrai, utile et respectueux ;-).


Le silence,

un sujet complexe puisqu'il traite de communication inter- et intrapersonnelle,

un sujet qui m'amène souvent à réfléchir,

encore un sujet sur lequel je serai ravie d'échanger avec vous.


En attendant,

Prenez soin de vous, osez vivre votre vie, soyez heureux !

« Para be happy ;-) »